Samedi 13 juin 2009

INTRODUCTION

 

            Partout dans le monde , le discours sur Dieu n’est pas chose rare. Les discours sont plutôt croissants et généralement les positions diffèrent les uns les autres. Toute approche à la question de Dieu diffère  selon qu’on soit scientifique, philosophes ou homme de foi. Chacun défini son Dieu ou l’existence de Dieu en fonction d’une expérience vécu pendant toute sa vie ou à une période momentanée de sa vie. Mais il n’est pas toujours aisé d’affirmer si Dieu existe ou non . Malgré tout on note deux positions toujours contradictoires. D’un coté l’existence de Dieu est chose acquise et très évidente tandis que de l’autre coté l’existence d’un être pareille n’est pas du tout certaine. Chacun de son coté se sert des arguments possibles pour justifier sa conviction. Même si leur raisonnement semble être inopérant, les athées tentent à démontrer que Dieu n’existe pas. Mais de grands philosophes de l’histoire ont aussi essayé de donner des preuves rationnelles de l’existence de Dieu. Cependant, avec la pensée critique d’Emmanuel Kant, l’on s’est rendu compte des limites inhérentes à la raison humaine qui ne peut appréhender que ce qui se présente aux sens. Dans ces conditions Dieu est une entité métaphysique qui échappe à l’intelligence humaine et ne saurait être objet de connaissance. Pourtant le problème même se trouve à ce niveau si on pense qu’en métaphysique on ne peut pas connaître. L’existence de Dieu n’est-elle pas démontrable par la raison naturelle de sorte quelle soit connaissable et connue avec certitude ? Bien que nous reconnaissions la grandeur de la pensée de Kant, n’est- il pas possible d’affirmer l’existence de Dieu pas la raison ? Dans la première  partie de notre travail, nous tenteront brièvement de définir les termes à savoir “l’existence”, “l’idée de Dieu”,ensuite dans la tentative d’une démonstration rationnelle de l’existence de Dieu,nous éluciderons les différentes preuves connues ; enfin , sans nous livrer aux athées, nous terminerons par les limites de la raison humaine et les difficultés d’une connaissance et d’une démonstration rationnelle de l’existence de Dieu.

 

I. ESSAI DE DEFINITIONS

 

      Existence :De façon brève le dictionnaire larousse défini l’existence comme étant le fait d’exister. Le mot « exister » lui-même signifie avoir une réalité. Selon le « cogito » de Descartes, la réalité de l’être se traduit par la pensée d’où sa phrase célèbre je pense donc je suis  En faisant rapidement un rapprochement de ce mot avec Dieu il apparaît que Dieu est un être nécessaire. Cependant son existence ne peut être au même titre que celui des êtres contingents car selon saint Thomas d’Aquin Dieu ne peut pas ne pas être. Mais qui est vraiment Dieu ? De quel Dieu parlons nous ?

      L’idée de Dieu : Au cours de l’histoire des hommes, il s’est développé pendant longtemps, différentes grandes conceptions de Dieu dont on retient quelques uns :

Nous avons d’abord les théistes traditionnels qui posent Dieu comme créateur du monde, nanti d’actions providentielles. Dieu est alors pour eux un être transcendant qui est extérieur et au dessus de l’univers qu’il domine. Il est traditionnellement source de toutes les valeurs.

Ensuite le panthéisme, qui contrairement au théistes qui situe Dieu dans sa transcendance , posent Dieu comme principe immanent à la nature. Dans cette conception et du point de vue de Spinoza, Dieu ne peut-être en dehors de la nature dans lesquelles il se manifeste. Dieu est tout, tout est en Dieu.

Puis vient la conception athéiste . L’athéisme est convaincu d’une part de l’incapacité de l’homme à prouver l’existence de Dieu et est conscient d’autre part des immenses potentialité dont dispose l’homme à résoudre ses problèmes. Pour cela l’athéisme nie l’existence de Dieu sans malheureusement pouvoir conférer à l’homme toute sa plénitude ni assouvir son besoin d’éternité. L’on se rend compte que ce n’est pas tant l’idée de Dieu que refuge les athées mais plutôt une certaine conception de Dieu puisse qu’elle ne manque pas de combler le vide de Dieu par, soit la matière, soit la liberté, la science ou autres choses.

Enfin l’agnosticisme et la religion de l’esprit : L’agnosticisme est une doctrine qui affirme qu’il est impossible à l’esprit humain de savoir si Dieu existe ou pas. L’homme ne peut pas affirmer ni infirmer son existence. Mais contrairement aux athées, les agnostique trouvent l’univers mystérieux. Quand à la religion de l’esprit, elle affirme Dieu dans l’esprit humain.

Nous venons ainsi de découvrir les grandes conceptions de Dieu. Dans la suite de notre travail, le Dieu dont nous parlerons restera toujours celui des théistes que les athées nient. Par conséquent notre devoir est de parler de Dieu en tant qu’être transcendant, créateur de l’univers et aussi comme fondement de toutes valeurs.

 

Il. TENTATIVE D’UNE DEMONSTRATION RATIONNELLE DE L’EXISTENCE DE DIEU(LES DIFFERENTES PREUVES CONNUES.

 

      Si certains philosophes, scientistes et rationalistes nient l’existence de Dieu il n’en demeure pas moins que plus d’un croyants estiment aussi que le discours sur Dieu ne peut-être révélé que par grâce. La doctrine chrétienne, en affirmant que le péché originel a certes altéré mais n’a pas aveuglé la raison humaine,rend possible une philosophie d’inspiration chrétienne, un discours sur Dieu. De ce fait, cette position de la doctrine chrétienne correspond à l’injonction de 1P3,15 « Soyez toujours prêt à vous défendre contre quiconque vous demande raison de l’expérience qui est en vous ». En effet, le premier concile du Vatican porte en partie sur le rapport foi - raison. Dans sa constitution dogmatique « Déis Filius » session du 27 avril 1870, le concile affirmait –clairement- la certitude avec laquelle la raison peut connaître. En outre il condamne une double hérésie : la première soutenue par Kant , ses disciples et les positivistes qui affirment que l’intelligence est incapable d’arriver à la connaissance de Dieu ; la seconde avec les traditionalistes les plus avancés qui considèrent que la raison n’est pas capable de connaître Dieu que si elle est éclairée au préalable par une révélation divine Le concile affirme alors la possibilité de connaître l’existence de Dieu à partir des choses créées. Ainsi, le concile vient confirmer les preuves de l’existence de Dieu que nous allons utiliser car ils nous permettent d’accéder à Dieu par la raison humaine. Il s’agira pour nous de partir des preuves de saint Thomas d’Aquin pour démontrer que l’existence de Dieu peut-être démontrée par la seule force de la raison humaine. Avec le Vatican I, on peut dire qu’on est arrivé à parler des preuves de l’existence de Dieu et à revaloriser les preuves de saint Thomas que Kant essayait de rejeter. Donc après Kant nous pouvons encore parler de preuves de l’existence de Dieu. C’est là une tentative de la raison humaine de nous donner des pistes afin de rendre compte de l’existence de Dieu.

 

II. 1. LA PREUVE DE L’EXISTENCE D’UN MODELE PARFAIT ET LA PREUVE DE LA BEAUTE NATURELLE

 

      Pour saint Thomas les choses sont hiérarchiquement ordonnées par ordre d’importance. Les unes sont bonnes, les autres très bonnes, les autres superlativement bonnes. Cependant on ne peut qualifier une chose qu’en se référant à une qualité supérieure, souveraine et absolue. On peut dire qu’il en est de même de la vérité des choses. Les unes sont plus vraies que les autres. Sur cette base on peut déduire qu’il y a quelque chose qui est au plus haut point qui est Dieu. Dieu serait alors cet être transcendantale parfait.

      A cela s’ajoute la preuve de la beauté naturelle qui soutient qu’il y a de l’ordre dans le monde. Cet argument est la cinquième preuve de saint Thomas d’Aquin. Il y a de l’harmonie dans le monde si bien qu’on voit qu’il doit y avoir un ordonnateur.  Et saint Thomas dit : « il faut donc que quelqu’un dont la providence gouverne le monde soit. Et nous l’appelons Dieu » Le monde ici est considéré comme une machine, et on peut dire que l’agencement harmonieux des parties entre elles prouve l’existence d’un artiste parfait qui est Dieu.  

      Pour terminer, pour saint thomas et pour l’Eglise, on peut bien parler de preuve de l’existence de Dieu. La raison humaine peut bien démontrer l’existence de Dieu. Outres ces preuve , la Bible nous rend bien compte de l’existence de Dieu. Dt34,10 « Lui que Yahvé connaissait face à face ». De plus notons que l’œuvre de la raison est bonne, saine et importante, car elle prouve que laissé à elle-même, la philosophie peut établir avec certitude l’existence de ce premier être que tous nomme Dieu.»

 

II. 2. L’ARGUMENT DU PREMIER MOTEUR ET LA PREUVE PAR LA CAUSE EFFISCIENTE.

 

      L’argument du premier moteur est la preuve selon laquelle tout ce qui meut est mû par quelque chose ; ce moteur est à son tour mû par quelque chose d’autre mais cette chaîne de moteurs peut aller à l’infini sinon les mouvements n’auraient pu commencer ; par conséquent il doit y avoir un premier moteur causant le mouvement en toute chose sans être lui-même mû ; ce moteur non mû est ce que le sens commun appelle Dieu. Elle suppose que dans le monde il y a du mouvement, or tout mouvement suppose un être en puissance et l’être en acte est la cause du mouvement. Or lui-même était en puissance avant de passer à l’acte. Saint Thomas affirme : « Or on ne peut ainsi continuer à l’infini , dans ce cas il n’y aurait pas de moteur premier, et il s’en suivrait qu’il n’ y a pas non plus d’autres moteurs car les moteurs seconds ne meuvent que selon qu’ils sont mûs par le moteur premier, comme le bâton ne meut que s’il est mû par la main ». Alors saint Thomas trouve qu’il est nécessaire de parvenir à un moteur premier qui ne soit pas cause d’un autre, et un tel être dit-il tout le monde comprend que c’est Dieu. Pour lui cette preuve par le mouvement est la plus manifeste et la plus lumineuse.

      Quand à la cause efficiente, elle renvoie à l’agent qui crée la chose. Si on prend une série des causes efficientes, il faut aussi admettre une cause efficiente première. Dans la même logique que l’argument précédent saint Thomas affirme que puisqu’il y  a de l’ordre dans les causes efficientes, on ne peut admettre la régression à l’infini car alors on ne peut concevoir ni des efficientes intermédiaires, ni des effets derniers. Il faut nécessairement qu’il existe une cause efficiente première que tous appellent Dieu.

 

II. 3. LA PREUVE PAR LA CONTINGENCE OU PAR LE NECESSAIRE.

 

      Cette preuve est la troisième voie que saint thomas utilise pour démontrer les preuves de l’existence de Dieu : les choses individuelles viennent à l’existence et cesse d’exister ; par conséquent aucune d’elles n’existait mais quelques chose vient à l’existence seulement comme le résultat de quelque chose d’autre qui existe déjà ; par conséquent il doit y avoir un être dont l’existence est nécessaire. Cette preuve part d’un constat selon lequel dans le monde il y a de la contingence. La contingence signifie en effet qu’un être pouvait ne pas être. Le contingent renvoie donc à ce qui, à un moment donné n’existe pas. Si tout est contingent on doit supposer qu’au départ rien n’a existé. Mais cela est absurde car par essence ce qui est contingent ne peut pas se produire lui-même. On comprend donc qu’il faut l’existence d’un être nécessaire par lui-même, qui ne tire pas sa nécessité d’ailleurs mais qui est cause de la nécessité que l’on trouve hors de lui. En effet, le monde dépend nécessairement d’un autre être dans son existence, car il y a dans l’univers des choses nécessaires qui n’ont pas en elles même le fondement de leur nécessité. Il faut donc, pour leur donner ce fondement, un être par lui-même nécessaire. Il y a donc un être intelligent par lequel tout est ordonné à sa fin. C’est cet être nécessaire que tous appelle Dieu.

 

 

III. LES LIMITES DE LA RAISON HUMAINE ET LES DIFFICULTES D’UNE DEMONSTRATION RATIONNELLE

 

III. 1. ARGUMENT DE EMMENUEL KANT

 

      Emmanuel Kant souligne une impossibilité de connaître Dieu par la raison pure. Pour lui, toute connaissance de Dieu par la raison pure serait une démarche difficile. Dans le cadre de la connaissance de Dieu, le sujet est présent mais il manque l’objet de connaissance, car en effet Dieu sort du cadre de l’expérience. Kant est bien conscient que la raison humaine se livre naturellement parfois à chercher le fondement de toute chose et formule nécessairement l’idée de la réalité absolue. Toute cause qui peut être donnée dans l’expérience  ramène à son tour la même question. Mais pour lui on ne peut démontrer rationnellement l’existence d’un tel être. La raison spéculative est incapable de donner des preuves certaines de l’existence de Dieu. Se livrer à une telle préoccupation serait vaine.

 

III. 2. LES LIMITES DE LA CONCEPTION KANTIENNE.

 

      La grandeur de la pensée de Kant n’est plus à prouver. Cependant il est limité dans la mesure où il n’arrive pas à conclure sur un point ses propos. En effet Kant a adopté deux approches sur la démonstration rationnelle de l’existence de Dieu. Premièrement il démontre l’impossibilité de connaître Dieu par la raison pure. Pour plus, après avoir affirmé que Dieu n’est pas connaissable par la raison théorique (raison pure), Kant soutient que l’existence de Dieu peut être admise comme postulat de la raison pratique. Kant  semble se contredire à ce niveau. Le problème est qu’il n’est pas arrivé, avant de mourir , à joindre les deux approches. Cela constitue une des limites de la raison humaine et des difficultés d’une démonstration rationnelle. Emmanuel Kant n’est pas le seul à tomber dans une telle erreur. Bien d’autres penseurs à l’instar de Kant ont failli dans leur tentative de démonstration rationnelle de l’existence de Dieu. Il y a les fidéistes, les panthéistes et les traditionalistes, la liste est longue.

 

CONCLUSION

 

      Nous sommes au terme de notre recherche porté sur la démonstration rationnelle de l’existence de Dieu . Le problème de l’existence de Dieu est toujours à l’ordre du jour mais les convictions sont partagées ça et là. Dans notre travail, il nous incombait de démontrer la possibilité d’une démonstration rationnelle de l’existence de Dieu. Beaucoup de penseurs comme Descartes, saint Anselme et surtout saint thomas sur qui nous nous sommes beaucoup inspirés, soutiennent la possibilité d’une démonstration rationnelle de l’existence de Dieu. Cependant, des philosophes, à l’instar de Emmanuel Kant, ne partagent pas le même point de vu que les croyants. Kant met en cause l’existence de Dieu. Il affirme que la raison pure ne peut rendre compte de l’existence de Dieu ; il pense résoudre ce problème avec la raison pratique. En dépit de tout cela, il faut distinguer deux problèmes sans cesse confondus dans la discussion : l’existence de Dieu est-elle démontrable par la raison naturelle de sorte quelle soit connaissable et connue avec certitude ? Dans notre recherche nous avons trouvé que la réponse est oui sans aucun doute. Cependant, il reste à s’assurer si chaque homme peut tenir sa raison naturelle pour infaillible dans son effort de démontrer rationnellement si Dieu existe. Tout compte fait, nous devons savoir que s’il y a des démonstrations rationnelles qui permettent de savoir avec certitude que Dieu existe, cela est fait avec de bonnes raisons. Mais la certitude la foi qui se fonde sur l’infaillibilité de la parole de Dieu n’est-elle pas infiniment plus solide que celle de toute connaissance acquise par la seule raison naturelle si évidente soit-elle ? Il est vrai que dans l’encyclopédie humani generis du 12 août 1950 au n°38 le pape Pie XII a bien affirmé la possibilité de démontrer rationnellement l’existence de Dieu : « on sait dit le pape, combien l’Eglise estime la raison humaine dans le pouvoir qu’elle a de démontrer avec certitude l’existence d’un Dieu personnel, de prouver victorieusement par les signes divins les fondements de la foi chrétienne elle-même, d’exprimer exactement la loi que le créateur a inscrite dans l’âme humaine et enfin de parvenir à une certitude intelligence des mystères, qui  nous est très fructueuses ». Mais est-ce pour autant que la raison soit le seul et le meilleur moyen pour démontrer l’existence de Dieu ? La raison et la foi comme le dit autrement Pascal ne sont-ils pas deux démarches complémentaires dans la démonstration de l’existence de Dieu ?

Etienne Gilson de l’académie française, introduction à la philosophie chrétienne, Paris librairie philosophique J. VRIN6, Place de la Sorbonne, Vè, 1960.

Arnaud Guy AGBOSSAGA, Théodicée, cours à l’usage des étudiants, Maison Lavigerie, Ouagadougou, Année académique 2008-2009, p.54-55.

Arnaud Guy AGBOSSAGA ? Théodicée, cours à l’usage des étudiants, Maison Lavigerie, Ouagadougou, Année académique 2008-2009, p.79.

Etienne Gilson de l’académie française, introduction à la philosophie chrétienne, Paris librairie philosophique J. VRIN6, Place de la Sorbonne, Vè, 1960.

Arnaud Guy AGBOSSAGA ? Théodicée, cours à l’usage des étudiants, Maison Lavigerie, Ouagadougou, Année académique 2008-2009, p.78.

Kant Emmanuel, Critique de la raison pure, dir, Pae Ferdinand Alquié et trd. Par Alexandre J-L. Delamare et François Marty, Gallimard, 1980.

Kant Emmanuel,Critque de la raison pratique, présentation et traduction par Jean-Pierre Fussler, Flammarion, Paris, 2003.

Pie XII, humani generis, in Arnaud Guy AGBOSSAGA ? Théodicée, cours à l’usage des étudiants, Maison Lavigerie, Ouagadougou, Année académique 2008-2009, p.56.

Par gyengani
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